Publication du second rapport du projet CoviCom : Analyse de l’infodémie Covid-19 en Belgique francophone.

Dans ce second rapport, nous analysons quatre vagues d’enquête visant à réaliser un suivi de l’évolution de l’infodémie liée à la pandémie de Covid-19 en Belgique Francophone.

Lien vers le rapport complet : https://doi.org/10.31235/osf.io/e98gm

Principales conclusions

Un premier constat que nous pouvons tirer de l’analyse des quatre vagues de l’enquête est que le phénomène infodémique, pointé dès mars 2020 par l’OMS comme un des problèmes principaux à prendre en compte pour développer une réponse efficace face à la pandémie, s’est bien développé en Belgique francophone.

Sa mesure la plus évidente est l’existence d’une partie de la population qui adhère à des théories conspirationnistes liées au Covid-19. En mars 2021, 11,7% de nos répondants estiment par exemple que « l’industrie pharmaceutique est impliquée dans la propagation du coronavirus ». Nous avons montré que la proportion de personnes adhérant à des théories de ce type est beaucoup plus importante parmi les utilisateurs actifs des réseaux sociaux et de Facebook en particulier (l’utilisation active étant mesurée par la participation à un groupe Facebook en lien avec le coronavirus). À titre d’exemple, les proportions liées à la question « j’estime que l’industrie pharmaceutique est impliquée dans la propagation du coronavirus » sont respectivement de 5,3% (non-membres de groupes Facebook) et 27% (membres de groupes Facebook).

Notons que parmi nos répondants, la propension à croire dans ces théories a augmenté au fil des vagues. Nous avons donc pu trouver de plus en plus de personnes porteuses de ce type de croyances prêtes à répondre à notre enquête, sans modifier significativement le mode de recrutement au fil des vagues. Comme nous l’avons dit cependant cela ne signifie pas que cette proportion augmente de manière générale dans la société belge.

CoviCom ne permet pas de mesurer précisément la proportion de personnes concernées par l’adhésion à ces théories en Belgique francophone. Notons, pour interpréter les chiffres donnés, que, d’une part, nous avons volontairement recruté des répondants qui utilisent activement Facebook pour s’informer sur le Covid-19 (ce qui tend donc à surreprésenter les profils vulnérables dans l’infodémie), mais, d’autre part, que nos répondants sont très largement surdiplômés (essentiellement études supérieures) par rapport à la population belge francophone (ce qui tend à réduire la vulnérabilité informationnelle de nos répondants par rapport à la population générale).

Un des apports importants de ce rapport est de montrer que la simple mesure de la diffusion de fake news et de théories conspirationnistes ne suffit pas pour mesurer l’évolution de l’infodémie liée au Covid-19. Deux de ses dimensions centrales sont l’évolution des pratiques d’information et l’évolution du niveau de confiance dans les sources d’informations officielles (experts, gouvernement) et dans les médias traditionnels (télévision, radio, presse). Notre enquête permet de montrer que le développement de l’infodémie se manifeste par un évitement croissant des médias dits traditionnels par une part de la population ainsi que par une baisse très importante des niveaux de confiance envers les médias traditionnels, les experts et les gouvernements pour certaines personnes, notamment celles qui s’informent activement davantage sur Facebook.

Du point de vue des pratiques d’information, au mois de mars 2021, 30,7% des Wallons parmi nos répondants disent être régulièrement gênés par une incapacité à s’informer. Ce chiffre s’élevait à 12,4% au début de l’épidémie. D’une manière similaire, la proportion de nos répondants qui disent ne pas s’informer via au moins un média traditionnel passe de 19,4% en début d’épidémie à 30,2% en mars 2021. Le développement de l’épidémie va de pair avec l’accroissement d’un phénomène d’évitement informationnel pour une partie de la population, ce qui caractérise particulièrement un des profils de vulnérabilité informationnelle mis en évidence.

Du point de vue de la confiance dans les sources d’information, toutes les mesures sont fortement en baisse parmi nos répondants et cette diminution est confirmée par l’analyse longitudinale présentée en annexe 1.

A l’opposé, les niveaux de défiance (personnes qui disent ne pas faire confiance) envers les médias traditionnels, les experts et les gouvernements ont très fortement augmenté. Le taux de défiance envers les journaux télévisés parmi nos répondants passe par exemple de 6% en avril 2020 à 32% en mars 2020.

Une fois ces trois constats posés, nous avons mis en évidence l’existence de trois profils de vulnérabilité dans l’infodémie et montré que ces trois profils : la vulnérabilité informationnelle (perte de confiance envers les médias traditionnels et évitement de ces médias), la boulimie informationnelle (perte de confiance envers les médias traditionnels, mais pratiques d’information élevées en multipliant toutes les sources disponibles) et l’évitement informationnel  (maintien de la confiance envers les médias traditionnels mais non utilisation de ces médias) étaient en augmentation et cette augmentation se donne également à voir dans l’analyse longitudinale (c’est-à-dire où nous avons pu suivre l’évolution des pratiques de 640 répondants identiques entre les vagues 2 et 4).

Nous avons également montré que l’hésitation vaccinale, le respect des mesures de lutte contre l’épidémie, la perception des risques, la croyance dans de théories conspirationnistes ainsi que le niveau d’anxiété étaient fortement associés à ces trois profils qui représentent entre 45 et 56% de nos répondants selon la manière de les mesurer.

De ce point de vue, notons que c’est au niveau de l’hésitation et du refus vaccinal que les différences entre profils de risque sont les plus importantes. Dans le groupe de forte vulnérabilité infodémique ainsi que dans celui des boulimiques informationnels, le refus et l’hésitation vaccinale ont augmenté depuis le début de la crise et se situent à des niveaux beaucoup plus élevés que dans le groupe de faible vulnérabilité infodémique (maintien de la confiance envers les médias traditionnels et utilisation de ces médias). La proportion d’hésitants se situaient en mars 2021 à un niveau de 18,1% dans le groupe de faible vulnérabilité et à 78,4% dans le groupe de forte vulnérabilité.

Au regard des différences en termes de pratiques informationnelles des trois groupes de vulnérabilité informationnelle, il semble important de développer des stratégies de communication ciblées pour chaque groupe visant à lutter contre l’infodémie et à augmenter les niveaux d’adhésion à la vaccination.

Une stratégie utilisant le contact et l’interaction directe avec des professionnels de la santé ou des proches ainsi que le partage d’informations valides par des proches sur les réseaux sociaux, ou encore, la publication d’articles de blog rédigés par des experts en épidémiologie ou virologie, mais diffusés en dehors des médias traditionnels (chaine YouTube, blog personnel, groupe Facebook, etc.) pourrait avoir un impact sur la campagne de vaccination plus important que la diffusion de campagnes d’information via les médias traditionnels en touchant le groupe de forte vulnérabilité informationnelle ainsi que celui des boulimiques infodémiques.

La montée de la vulnérabilité informationnelle que nous observons, si elle se confirme dans d’autres études et sur la longue durée, pourrait être un indicateur de la transformation du contexte médiatique belge francophone. Elle pourrait le rendre moins résilient à la diffusion de désinformation et de mésinformation, ce qui pourrait avoir des conséquences politiques à long terme, au-delà de la crise du Covid-19, sur le fonctionnement de la démocratie dans son ensemble, si cette vulnérabilité informationnelle venait à se stabiliser, voire si elle continuait à progresser. Il est important pour cette raison de développer dans le temps un effort de monitoring des niveaux de vulnérabilité informationnelle dans la société belge francophone.

Un dernier apport de l’enquête se situe sur un plan méthodologique. CoviCom permet de montrer l’importance du canal de recrutement des répondants à des enquêtes liées au coronavirus. En raison de l’existence d’une infodémie liée au Covid-19, les utilisateurs de réseaux sociaux et essentiellement de Facebook n’ont pas la même perception ni le même vécu de la crise que des personnes qui n’utilisent pas ce média pour s’informer. Nous avons pu montrer que les variables liées aux « pratiques d’information » sont associées à des profils de vulnérabilité informationnelle différents, eux-mêmes associés à des perceptions, des états psychologiques et des comportements différents.

Une étude qui recourrait massivement, ou uniquement, au recrutement de répondants via les réseaux sociaux (ce qui est en grande partie le cas de CoviCom), ou via des médias uniquement numériques, touchera donc un profil de vulnérabilité informationnelle particulier. Ce qui peut ne pas être problématique pour des études portant sur des sujets génériques, mais qui a sans doute un impact plus grand pour l’analyse de l’évolution du vécu d’une épidémie qui se double d’une infodémie et dont une des dimensions est d’être une crise informationnelle en plus d’une crise sanitaire. Pour l’analyse de ces évolutions des études longitudinales capables de suivre des répondants identiques de vagues en vagues doivent être privilégiées.

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